La MP4/4 a remporté 15 des 16 courses de 1988. La rivalité Senna-Prost qui a soutenu les titres constructeurs de McLaren est devenue, quatre décennies plus tard, la référence à laquelle se compare toute autre dynamique entre coéquipiers. Suzuka 1989, Suzuka 1990 et la longue guerre froide brésilo-française dans le paddock ont redéfini la façon dont la Formule 1 comprend l'intérieur de ses propres équipes.
Ce que l'on oublie aujourd'hui : l'ère a été portée d'abord par le moteur V6 turbo Honda — le plus dominant de son espèce jamais produit — et par la discipline châssis McLaren sous Ron Dennis et Steve Nichols, le successeur de John Barnard. Senna et Prost étaient la surface ; l'architecture en dessous, l'essentiel.
1988 : 15 victoires, une défaite
La MP4/4 fut la dernière voiture de l'ère V6 turbo et la McLaren ayant remporté le plus de victoires en une saison. Conçue en six mois après le départ de John Barnard et l'arrivée de Steve Nichols, elle associait le Honda RA168E (~640 ch en course, davantage en qualifications avec la pression de suralimentation augmentée) à un châssis plus compact et plus rigide que tout ce qui existait sur la grille.
L'unique défaite vint de Monza, où la voiture de Senna a connu une panne moteur — et même là, les McLaren menaient jusqu'à cet instant. Prost remporta sept courses, Senna huit, et Senna décrocha le titre 90 points à 87 sous le système qui ne comptabilisait que les onze meilleurs résultats sur seize.
Suzuka 1989, Suzuka 1990
En 1989, la relation Senna-Prost s'était totalement effondrée. Les voitures étaient désormais des 3,5 l V10 atmosphériques après l'interdiction des turbos par la FIA ; le châssis était la MP4/5, moins dominante que sa devancière mais toujours la référence du plateau. Le titre s'est joué à l'avant-dernière course de la saison à Suzuka — et à la chicane du 47e tour où Prost a fermé la porte à un dépassement de Senna, les deux voitures se retrouvant emboîtées dans le dégagement. Prost a abandonné immédiatement. Senna est reparti, a gagné la course, a été disqualifié pour avoir coupé la chicane en réintégrant la piste et a perdu le titre dans le bureau des commissaires.
Un an plus tard, presque le même circuit, le même virage. Senna en pole, Prost en première ligne. Au départ, Senna a roulé tout droit dans le flanc de la Ferrari de Prost au premier virage. Les deux ont abandonné ; Senna a pris le titre au moment même de l'impact. Il a expliqué la manœuvre en conférence de presse 12 mois plus tard comme une réponse délibérée à un grief de position de grille de 1989. La franchise fut mal reçue.
1991 et la fin
Williams-Renault est arrivé à l'avant en 1991 avec la FW14 et la suspension active ; la MP4/6 de McLaren avec le nouveau V12 Honda restait la combinaison championne du monde, mais l'écart vers la deuxième place s'était effondré. Senna a remporté son troisième titre cette année-là, puis McLaren est entrée dans une ère aéro-dépendante qu'elle n'était pas la mieux placée pour gagner. Dès 1993, Williams était clairement au-dessus du lot ; en 1994, Senna est parti chez Williams et l'ère s'est définitivement terminée.
Le partenariat McLaren-Honda a pris fin après 1992. Honda ne reviendrait en F1 comme motoriste qu'en 2015 — et ce retour, à nouveau chez McLaren, ne s'est pas bien passé.
Ce que l'ère laisse
Les trois titres mondiaux de Senna et ses 41 victoires, toutes chez McLaren, l'ont installé comme le pilote le plus mythifié de l'ère moderne. Les quatre titres de Prost (un Williams, trois McLaren) lui ont donné le meilleur taux de victoires en carrière parmi les multiples champions, jusqu'à Hamilton.
Plus que les records, l'empreinte culturelle est ce qui demeure. Suzuka 1990 a posé le précédent selon lequel un contact intentionnel entre prétendants au titre est une tactique, pas seulement un dénouement — précédent que la FIA n'a cessé de re-juger depuis (Spa 1998, Jerez 1997, Brésil 2008, Abou Dabi 2010, et ainsi de suite).
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